VILLAGEOIS DU SUD DE L'INDE
I. CONTEXTE
Thanappan, présent au quotidien sur le terrain au contact
des villageois, nous présente son action, qui passe par l'accès
à l'eau, le micro-crédit et soutien scolaire.
" Notre objectif est d'aider les hommes à aller vers
le développement. Nous voulons que les villages sortent de
la pauvreté et de l'illettrisme et qu'ils " marchent
avec bravoure et courage ". Nous apportons notre soutien aux
agriculteurs, aux petits fermiers " harijans ", ainsi
qu'à 120 villages parmi les plus reculés et les plus
exposés aux grandes sécheresses, du Tamil Nadu. Nous
voulons également créer une unité entre eux.
Nous avons commencé notre action en 1975, sur la base des
rapports de nombreux villages concernant la sévère
sécheresse qu'ils subissaient et leur impossibilité
à avoir de l'eau potable. Ainsi, une équipe, avec
à sa tête le Révérend Père Ceyrac,
a débuté l'opération " Mille puits ".
Nous avons créé 1130 puits d'eau potable, qui ont
contribué à relever le niveau de vie des villages.
Dans la continuité de cette action, nous aidons, aujourd'hui
les villages à résoudre toutes sortes de problèmes
pour qu'ils puissent se développer socialement et économiquement.
Nous formons les petits agriculteurs et encourageons les femmes
à s'organiser en collectivités. A tous les niveaux,
ces collectivités essaient, à l'unisson, de résoudre
des problèmes aussi variés que l'éclairage
des rues, la culture des terres incultes, la création d'emplois
alternatifs, la lutte contre l'injustice du système de castes
Nous les avons aidés à obtenir des aides gouvernementales
comme l'IRDP et le PMRY, l'aide à l'emploi ou d'autres aides
de développement socio-économique. Toutes ces actions
ont changé considérablement leurs conditions de vie.
Nous les avons aidés à se " relever ", désormais,
ils doivent "marcher".
En 2006, 500 000 personnes dans le sud de l'Inde sont impactées
par l'ensemble de ces projets.
En 2009, Thanappan est toujours aussi actif et présent sur ce type d'initiatives.
II. L'OPERATION " 1000 PUITS "
- au commencement en 1975, l'opération
Mille puits
" L'extension de la ferme s'est faite
dans les années 1970 par l'opération Mille puits,
(
). La grande valeur de cette opération c'est qu'elle
vient de la base. Tous les grands changements se font par le bas
(
). Jusqu'à ce jour, en l'espace de trente ans, nous
avons creusé 1492 puits. "
-
le départ d'une démarche d'unification et
de conscientisation dans les villages
" Pour se faire
une idée, 100 puits c'est de l'eau donnée à
150 000 personnes et 1 000 puits à un demi-million. Ce qu'il
y a de plus intéressant dans la formule c'est sa simplicité.
Elle édicte trois conditions :
- le puits doit être creusé
sur un terrain communautaire, jamais sur un terrain privé.
Parce que, si l'on creuse sur un terrain privé, l'on favorise
les uns par rapport aux autres et l'on amplifie davantage encore
la distance entre les riches et les pauvres.
- Deuxième condition
: un puits par village et non par caste. Nous refusons absolument
d'avoir un puits par communauté ou par caste. Le puits est
un instrument d'unité en aucun cas de division.
- Et la troisième
condition : c'est qu'il soit creusé par les villageois eux-mêmes.
Si vous voulez un puits, c'est à vous de le faire, mais on
vous aidera.
Le puits devient un instrument de conscientisation,
- Première
conscientisation : faire comprendre que le puits appartient à
tout le village. Il ne faut pas que quelqu'un s'enrichisse aux dépens
des autres.
- Deuxième conscientisation : " nous sommes
tous frères ", ce n'est pas parce qu'il y a des castes
hautes et des castes basses, que les castes basses ne doivent pas
boire l'eau des castes hautes. Tout homme est égal devant
Dieu et devant l'autre. L'eau appartient à tous.
- Troisième conscientisation : à propos du travail,
de la valeur du travail, du travail communautaire. Nous ne pouvons
combattre la pauvreté que si nous travaillons ensemble, et
les programmes de coopératives arrivent à ce moment-là.
Si on s'y met tous ensembles, on peut s'en sortir !
Pour creuser ces " Mille puits " , les gens devaient arrêter
leur travail habituel. Il fallait donc leur proposer un salaire
pour qu'ils subviennent à leurs besoins. Au début,
nous leur avions demandé de fixer eux-mêmes leur salaire.
Ils ne le voulaient pas. Alors, lors du premier chantier de l'opération
du premier puits que nous voulions creuser, nous leur avons dit
: " Voilà, on vous propose le même salaire qu'à
Manamadurai pour la ferme : 60 roupies pour les hommes et 50 roupies
pour les femmes ". Après une réunion du conseil
du village, ils sont revenus nous voir, et ils nous ont dit : "
C'est trop, la moitié nous suffit. " J'en étais
absolument sidéré. "
La maintenance sur les puits est assurée
de façon immédiate par un Comité au sein des
villages.
Les puits construits sont des puits à
pompe manuels et non pas des puits électriques, afin
de :
- s'affranchir de la contrainte des coupures d'électricité
(le puits ne serait accessible qu'à certaines heures)
- réaliser des économies sur les coûts d'électricité
- s'affranchir des contraintes juridiques liées à
l'arrivée de l'électricité (propriété)
- limiter les difficultés liées à la maintenance
et à l'entretien des puits électriques (plus fragiles)
- le succès de l'opération.
Les réalisations du programme
ont dépassé largement les espérances de 1975.
1492 puits ont été construits à fin 2006. Chaque
puit permet d'alimenter en eau 40 à 50 familles.
La présence du puits permet de renforcer l'unité et
le lien social entre les habitants du village.
III - 120 VILLAGES EN MARCHE VERS
LE DEVELOPPEMENT RURAL
- Le miracle du micro-crédit
Les programmes de micro-crédit
ont commencé en 1990.
Les collectivités des villages, obtiennent des subventions
gouvernementales et l'assistance financière des banques pour
l'acquisition d'animaux laitiers, de moutons, de matériels
agricoles, de petits commerces, mais également pour l'artisanat.
Pour cela, nous avons formé des coopératives d'éleveurs
de moutons, 80 coopératives laitières et une vingtaine
d'associations de micro-crédit dirigées par les femmes,
dont 45 élevages de moutons comprenant en tout 20 000 moutons.
Notre objectif n'est pas de faire office de banque mais de nous
porter garant des crédits dont ont besoin les villages pour
se développer ; la plupart étant trop pauvres pour
obtenir la confiance des banques.
Actuellement, les programmes de
micro-crédit fonctionnent de façon autonome. Loin
de faire d'eux des assistés, nous les rendons responsables
de leurs initiatives, devant la loi. La banque leur donne deux
ans pour rembourser l'emprunt.
La plupart remboursent en moins d'un an. Et à ce jour les
taux de recouvrement sont excellents.
Dans le système bancaire usuel, les intérêts
se montent environ à 12% des sommes empruntées par
le biais du micro-crédit les intérêts se montent
à 3%.Les prêts sont accordés au sein de chaque
village par un comité d'attribution, qui décide des
modalités entourant le prêts (garantes, montants.)
Une rotation est organisée au sein des membres de Comités
pour garantir à chacun les mêmes opportunités.
Nous avons également organisé un programme d'épargne
auprès des femmes, afin qu'elles puissent emprunter pour
subvenir à leurs besoins essentiels.
En 2006, 22 000 personnes ont déjà bénéficié
de ces projets.
- Le succès du soutien scolaire
Petites
filles d'un slum en marche vers l'école
En raison du système de dot et notamment
de son coût, nous nous sommes rendus compte que les femmes
étaient pour la plupart illettrées. Ainsi, elles ne
perçoivent ni la valeur ni la nécessité de
la scolarité et envoient leurs enfants travailler. Or, nous
pensons que le développement passe avant tout par la promotion
de l'éducation. Pour cela, nous avons mis en place un
programme de formation pour adulte, auquel les femmes se sont intéressées
particulièrement.
Ce succès nous a encouragé
à étendre notre action aux enfants, en donnant aux
femmes la responsabilité des cours de rattrapage. Nous
assurons non seulement certains frais (cahiers, livres, uniformes
)
mais nous suivons également la progression scolaire des enfants.
En 2000, 1200 enfants étaient inscrits au cours du soir dans
15 villages En 2006, le programme suit environ 4300 enfants répartis
dans 145 villages dans le Tamil Nadu. Le programme est supervisé
par 26 animateurs. Dans chaque village, une maîtresse s'occupe
d'environ 30 enfants.

Distribution
annuelle de manuels scolaires
- Un projet particulier : Le village de Vincennagar
Témoignage
"En 1998, avec un groupe d'étudiants de Ginette, nous avons
commencé un chantier dans le village de lépreux de
Vincennagar, situé à quelques kilomètres de
la ferme. L'objectif était de bâtir des maisons en
dur pour ces villageois lépreux, intouchables, ces mendiants
oubliés de tous. Nous avons commencé par partager
un temps de prière et de chant, avant de débuter ensemble
la construction
ou plutôt la destruction des murs en
feuille de palmes, afin de les remplacer par de solides murs en
briques. Au bout d'à peine quelques jours, nous avons dû
interrompre les travaux et quitter le village dans la précipitation,
car les habitants du village voisin ne souhaitaient pas que les
intouchables lépreux de Vincennagar s'installent de façon
permanente à côte de chez eux. Ramasser les outils,
dire au revoir aux enfants, laisser les familles dans leurs maisons
aux murs éventrées, quitter le village en pleine difficulté
nous
étions plein de chagrin et de colère.
En une nuit, Thanappan et le père Ceyrac ont eu l'idée
de fonder le centre pour enfants polio. Le lendemain, nous tracions
sur les terrains adjacents à la ferme les lignes de salpêtre
qui délimitaient les fondations de ce qui allait devenir
le bâtiment des garçons.
Au mois d'août 2006, onze ans après notre chantier
en Inde, j'ai eu la chance de retourner à Manamadurai dans
le village lépreux. Vincennagar est devenu un beau village.
Les arbres nouvellement plantés donnent de l'ombre à
de belles maisons, qui ont été construites en dur,
et même agrandies. Et surtout, j'ai eu la joie de revoir les
familles, heureuses de nous montrer leurs habitations, et les enfants,
tout fiers de revenir de l'école."
Camille, juillet 2006
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